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3 questions à Bénédicte Minguet

Bénédicte Minguet, docteur en psychologie, responsable de l’humanisation du travail à la Clinique de l’Espérance, au sein du CHC, à Liège en Belgique, a été pendant quinze ans en charge de l’humanisation des soins. Elle collabore depuis quinze ans avec SPARADRAP dans le cadre des formations et des projets pilotes menés par l’association pour favoriser une meilleure prise en charge de l’enfant hospitalisé.
Nous avons souhaité recueillir son témoignage sur l'humanisation des soins.

En quoi consiste la démarche d’humanisation des soins ?

L’humanisation des soins, cela peut être une approche de la relation soignant-soigné dans laquelle le soignant, à titre individuel, prend en compte de manière globale les besoins du patient (accueil, traitement…). C’est une démarche de bientraitance.
Mais ce sont aussi des dispositions organisationnelles prises par l’institution, qui pense les conditions de travail pour que les équipes créent des pratiques humanisantes.

Aujourd’hui, les actions d’humanisation des soins concernent essentiellement la première dimension, centrée sur les capacités relationnelles des soignants, mais on sous-estime encore que le cadre dans lequel les soignants travaillent a tout autant d’importance et d’influence sur l’humanisation des soins. Dès 1998, la Clinique de l’Espérance a créé et dédié un poste à l’humanisation des soins, soulignant la priorité accordée à cette démarche, afin qu’elle devienne collective et institutionnelle.

Le champ des actions initiées dans le cadre de cette démarche est très vaste.
L’humanisation des soins se traduit par exemple dans le partenariat mis en place entre l’école et l’hôpital. Ainsi, nous organisons régulièrement des visites scolaires permettant à tous les enfants de découvrir l’hôpital. En outre, depuis 2000, le secteur d’hémato-oncologie accompagne les enfants lors de leur retour à l’école, afin de recréer le lien entre l’enfant gravement malade et sa classe, grâce à des outils spécifiques tels que le film « La peur bleue de la vie ».

Mais il peut s’agir aussi de la création collective de protocoles sur l’accompagnement lors du décès d’un enfant. Ainsi, lorsque les équipes se réunissent après un décès, mon rôle d’animatrice au sein du groupe est bien entendu de soutenir la dimension émotionnelle liée à l’événement mais également d’identifier avec l’équipe les pratiques positives qui pourront ensuite être formalisées dans un protocole sur l’accompagnement d’un décès, un protocole qui devient le reflet de l’expertise collective et qui s’enrichit d’années en années.

L’information par le jeu fait partie des actions mises en place dans le cadre de l’humanisation des soins. En quoi cela consiste-t-il ?

Pour respecter les droits de l’enfant à l’hôpital et notamment celui d’être informé (sur les soins, les examens, l’intervention), il faut pouvoir le faire avec des moyens adaptés à la spécificité des enfants (leur âge, leur état émotionnel). Il s’agit de créer un espace pour les enfants autour des soins où il peut à son rythme prendre connaissance des informations qui le concernent, avec des moyens ludiques (poupées accessoirisées, matériel médical…). Le bénéfice de cette approche est directement visible lors des soins, car l’enfant ainsi informé devient acteur et partenaire de l’équipe soignante.

Informer par le jeu est une technique d’information que peut s’approprier l’infirmière, le psychologue, l’éducatrice, le médecin.... Cependant, si on souhaite que cette façon d’aborder l’enfant ne soit pas seulement dépendante de quelques personnes et qu’elle s’intègre dans de nouvelles pratiques collectives partagées, on touche à l’organisation du travail et les moyens pour mettre en application ces pratiques nécessitent des formations et une implication institutionnelle.

Ainsi, à la Clinique de l’Espérance depuis 1998, le département pédiatrique qui comprend cinq services différents décline le projet « Information par le jeu » selon les différentes pathologies rencontrées : chirurgie, oncologie, urgences… De même, dans le secteur mère-enfant du CHU de Montpellier, depuis 2005, dix services sont formés à l’« Information par le jeu » en lien avec la prise en charge de la douleur de l’enfant, aussi bien en hémato-oncologie qu’en chirurgie viscérale, en chirurgie orthopédique mais aussi en neurologie et en pédiatrie générale.
Ces deux hôpitaux bénéficient d’un plan de formation au long cours, du soutien des cadres et de la création de protocoles et d’outils d’information.

Quelles formes de collaboration ont été menées avec SPARADRAP pour développer cette pratique d’humanisation des soins ?

Mon expertise dans le domaine de l’humanisation des soins, au carrefour de la prise en compte psychologique et organisationnelle, peut être proposée comme ressource pour d’autres hôpitaux. La collaboration avec SPARADRAP s’effectue dans cette optique sous plusieurs formes : la conduite de formations à destination des équipes soignantes, la participation à la création d’outils pédagogiques et de formation, le soutien méthodologique sur des projets transversaux de sensibilisation des enfants à l’hôpital ou d’amélioration de la prise en charge de l’enfant à l’hôpital.

Ainsi par exemple, autour de l’information par le jeu, nous avons mis au point et testé ensemble en 2002 un module de formation destiné à des binômes (cadre de santé / infirmière), puis réalisé ensuite un film de formation («Informer par le jeu à l’hôpital ») en tournant dans les services que nous avions formés, afin de faire connaître cette technique et ses intérêts. Et, pour soutenir les équipes voulant s’y investir de façon durable, j’anime des formations sur ce thème depuis 2004 sur site ou à SPARADRAP (formations d’1 journée ou de 3 jours).
Autre exemple, j’ai fait partie à SPARADRAP du groupe de travail qui a élaboré le concours sur le thème de la distraction des enfants lors des soins douloureux.

Enfin, actuellement, je travaille avec SPARADRAP autour de l’opération « Hôpital des Nounours » organisée par l’Association Nationale des Etudiants en Médecine de France. Nous apportons notre expertise pour réaliser un « Mémento du Nounoursologue », outil de formation qui permettra aux étudiants en médecine et d’autres filières de santé y participant, d’être sensibilisés dès le début de leur cursus à ces notions d’humanisation.

Publié en septembre 2010